C’est une femme qui raconte. Son travail à l’usine d’armement, qu’elle aime et qui structure sa vie. Son angoisse face à l’annonce de la fermeture imminente de l’usine, face à la guerre qui, peut-être, est à nos portes. C’est une femme qui raconte son amie qui, elle, n’a jamais pu se faire engager à l’usine : sans travail, endettée, elle vit perdue au milieu de ses morts, qui apparaissent parfois inopinément, dans son grand appartement. C’est une femme qui raconte, en voix off, sans que jamais les acteurs qui illustrent le propos ne prononcent un mot sur le plateau. Ce n’est que le premier d’un des nombreux partis-pris de radicalité de ce spectacle qui acheva de révéler Joël Pommerat au grand public. Avec son alternance noir/lumière qui révèle à chaque fois un nouveau tableau, avec ses éclairages d’une terrible beauté, avec ses gestes et mots sans cesse répétés, avec la force tranquille de ses comédiens, avec ses intermèdes musicaux complètement décalés, Les Marchands illustre la dualité du théâtre de Pommerat, qui est tout à la fois totalement dépouillé et extrêmement sophistiqué. Et, comme d’habitude avec Pommerat, la froideur n’est que de façade: l’humour et l’humanité rôdent au détour de chaque réplique. Mais la grande force de ces Marchands, c’est ce propos d’une rare lucidité sur la façon dont le travail, ou son absence, construit et détricote nos vies. Sur la façon dont nous nous retrouvons chacun marchand de notre temps, de notre vie. Une création théâtrale de Joël Pommerat | Compagnie Louis Brouillard, Théâtre National/Bruxelles, L’Odéon-Théâtre de l’Europe/Paris _ Du 16 au 25 janvier au Théâtre National _ Avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Angelo Dello Spedale, Murielle Martinelli, Ruth Olaïzola, Marie Piemontese, David Sighicelli _ _ Prix: 19 € - 15 € - 10 € _ _ Réservation : 02/203.53.03