C'est au croisement de son désir d'écrire une partition monologue pour la jeune actrice Berdine Nusselder et de son exploration attentive de l'écriture de Shakespeare, que l'homme de théâtre Jean-Marie Piemme, figure désormais tutélaire de la scène belge, a écrit King Lear 2.0. Dans ce récit épique des temps modernes, Piemme a ainsi imaginé que la fille du bouffon du roi Lear, partie réussir sa carrière de chanteuse (!) à l'étranger, revient dans son pays natal abandonné à la guerre civile à la suite de la mort de Lear, pour y chercher son père, le père – bouffon, à la fois si proche du pouvoir et si maltraité, et dont elle n'a plus de nouvelles. Refusant de renvoyer Shakespeare à son seul seizième siècle, le texte trouve, par la langue ici gouailleuse et la nature du récit, une actualité réelle, loin de se laisser réduire à l'immédiateté. Dans une double intrigue qui rapproche Cordelia, fille de Lear, de la fille du bouffon, celle-ci observe avec impertinence et effronterie les multiples cascades de pouvoir qui régissent les sphères intimes tout autant que publiques. Par sa mise en scène, King Lear 2.0 cherche ainsi à déplacer les regards pour mieux voir le visage chaotique du monde d'aujourd'hui, et incite à la critique par la libération de l'imagination de chacun. Avec ce trio – Jean-Marie Piemme, Raven Ruëll et Berdine Nusselder, le théâtre devient un véritable lieu d'expérimentation de vies, qui résout dans l'imaginaire ce que l'on ne réussit pas toujours dans le réel.