Joyeux poulailler ! mais la psychose laisse à désirer...
2008-01-15 · Karoline Buchner
Jusqu'au 4 février 2008, une équipe de jeunes comédiens bruxellois occuperont, tous les dimanche et lundi soirs, le foyer du Théâtre de la Toison d'Or. L'espace, confiné, nécessite de l'ingéniosité pour se muer en scène de théâtre. Ces artistes-là, heureusement, n'en manquent pas, même si la psychose collective qu'ils y interprètent flirtent davantage avec le contenu des magazines « Elle » et « Psychologie » qu'avec l'opus freudien.
Complicité et énergie. On avait déjà pu voir Julie Lenain dans « Et sans ciel ? » à la Soupape. Ses compagnons de jeu d'alors, cette fois, n'étaient pas sur scène, mais ils étaient dans la salle ! L'un d'eux confirme, après le spectacle, qu'ils se sont tous liés d'amitié durant leurs études au Conservatoire et qu'ils ont développé, de concert, de grandes affinités artistiques. Le plateau transpire de cette heureuse proximité. Chaque comédien y a d'emblée sa place, aucun ne vole la vedette, tous y trouvent de vrais partenaires de jeu : ils s'écoutent, ils s'attendent, ils sont en phase. Leur prestation y gagne tant en spontanéité qu'en équilibre, tant en plaisir qu'en énergie.
Névrose ou psychose, docteur ? La qualité de jeu, elle non plus, ne laisse pas à désirer. Les comédiens – et, parmi eux, les deux auteurs du spectacle - maîtrisent les stéréotypes qu'ils exploitent et jouent clairement la carte du second degré. Cela dit, se jouer des stéréotypes sans tomber dans les lieux communs est un défi artistique en soi qui, ici, n'a pas réussi à être relevé. Un trop grand nombre de saynètes présentent des situations de communication éculées dont le traitement, s'il n'empêche le rire, manque cruellement d'originalité : la réunion de famille qui tourne au vinaigre après le décès de la matriarche, l'hystérique qui se répète au téléphone, le mari qui n'écoute pas ce que dit sa femme, le couple qui se comprend au moment de se séparer... Le fond intellectuel sur lequel repose le prétendu concept de la pièce est malheureusement trop flou pour sauver la donne : un peu de névrose, un peu de psychose, un peu de Freud, quelques poncifs littéraires, quelques jeux de mots et, malheureusement, un peu trop de vent... Le comique ne vaut-il pas tout autant, sinon plus, quand il émerge d'une réflexion théorique aux assises plus sérieuses ?
