Hymne à l'acculée conception qui a touché le fond
2011-05-06 · Samuël Bury
Si le texte Stabat Mater est à l'origine religieux et date du 13e siècle, on se trouve ici devant un tout autre récit. Un martyre adapté à l'époque contemporaine. Antonio Tarantino situe son récit à Naples, mais on pourrait aussi très bien se le représenter aux Marolles, version populaire. Pour incarner Marie, (vieille) fille-mère, alcoolique au verbe cru et abondant, Jean-Marie Pétiniot exhibe un jeu touchant de sincérité. Un seul en scène baroque qui dénote des plaies de condition humaine en même temps qu'un humour métissé...
Jean-Marie Pétiniot raconte tout ce patchwork socio-tragique à force de langage populaire et de répétitions incessantes fixant chaque fois davantage l'empreinte du malheur. De la bouche d'une Marie plus vraie que nature, sort autant de grossièretés haineuses que de poésie de bas étage. Jusqu'au désespoir le plus profond, c'est une course au pires affres de son déséquilibre existentiel. Tellement pathétique dans son désarroi, elle se prend également à se rêver rayonnante au terme d'un régime imaginaire, pour plaire de nouveau au bourreau qui l'a lâchement abandonnée avec un enfant.
Rien que pour cette incarnation stupéfiante et la vive peinture sociale du texte, Stabat Mater se pose en théâtre virulent et passionnel. Belle performance à partager.
Samuël Bury
