Lundi 14 février 2011, par Catherine Sokolowski

Voyage au cœur d’une mine d’émotions

Bouffée d’humanité et de générosité, Historia Abierta est un voyage sensoriel. Danse, chant, expression corporelle, les acteurs sont les enfants du Chili qu’ils représentent. S’appuyant sur la vie de chacun d’entre eux, la trame, parfois un peu décousue, passe au second plan. Le sourire est omniprésent, comme le dit Karen Mena (actrice) : « On ne nous demande que d’être en forme et de bonne humeur ». Décors impressionnants, intégration spectaculaire des parties filmées, Historia Abierta se rapproche du show à la gloire du Chili même si c’est souvent de la mort dont il est question. Des moments très touchants.

Joué en espagnol, le spectacle est surtitré en français. Dotée de deux grands écrans, la scène du Poche paraît soudainement avoir grandi. Quelques artistes de rues, dessinant une gigantesque fresque sur un mur, forment la toile de fond de la première partie du spectacle. Le nombre d’acteurs s’en trouve démultiplié. De temps en temps, un troisième écran apparaît sur la droite de la scène. Le message est une invitation à la communauté, tout le monde semble bienvenu dans l’espace chilien. Le public n’est pas oublié (partage de boisson, invitation à cracher dans la soupe de Pinochet ou à communiquer son emploi du temps le 11 septembre 2001). Quatre orchestres talentueux rythment les séquences sur l’écran installé à gauche de la scène.

Spectacle pluridisciplinaire à la gloire d’un Chili pluriculturel, ces descendants de Mapuches, de Basques, de Palestiniens racontent leur histoire avec une touche d’ironie et une pincée d’humour. Des Chiliens qui s’inquiètent lorsque la terre ne tremble pas, des Chiliens qui proposent de se mettre de la boue sur les yeux pour se préparer à la mort comme s’il valait mieux rire du malheur que s’en inquiéter.

Après un long travail d’immersion, Lorent Wanson, metteur en scène belge, raconte le Chili tel qu’il l’a perçu pendant trois ans. Il ne veut rien oublier, le spectacle est dense. Certains perdront parfois le fil malgré la subdivision en quatre parties (La Vie Quotidienne, Les Ruptures, Le Silence et Histoire Ouverte). Mais cela a peu d’importance, le spectateur est pris dans ce tourbillon d’humanité et ne se soucie plus guère du fil de l’Histoire. Car c’est bien plus que l’Histoire du Chili qui est évoquée, c’est celle de l’humanité. Tantôt sensuel, tantôt drôle, tragique et dramatique, Historia Abierta est un concentré artistique dégageant une allégresse qui dû contribuer à la survie d’un peuple touché maintes fois par les catastrophes (mines, tremblements de terre, pauvreté, drogue, dictature, coups d’état…). C’est ce paradoxe que l’on retiendra en sortant de cette expédition virtuelle au cœur d’un Chili généreux.