Mercredi 16 février 2011, par Xavier Campion

Une relation qui ne tient qu’à un câble

C’est une petite vie de famille qui se voit bouleversée par un technicien d’apparence ordinaire. Un rapport mère/fils qui se détisse et s’exprime avec fracas de mots crus et humour corrosif. L’homme du câble oscille à force de grande maturité entre fiction et autobiographie et s’attarde sans s’y figer sur un sujet banal et pourtant si compliqué.

La question qu’on pourrait se poser avant d’avoir vu la pièce (mais aussi après) est la suivante : au fond, qui est cet homme du câble ? La réponse est sans doute un curieux amalgame entre celui qui devient - on ne sait comment, ni pourquoi – l’ami de Thibaut (le fils) en même temps que sa bonne et mauvaise conscience et aussi celui qui sert d’objet comme de catalyseur à Annie (la mère).
En tout cas, il servira de révélateur ou d’exhausteur à leur relation d’apparence fluide mais en réalité truffée d’étincelles d’affect familial. Un homme du câble qui apporte aussi un grain d’intrigue absurde à la comi-tragédie psychologique. Comme un cheveu décoloré qui répandrait sa teinture cynique dans une soupe aux légumes improbable.

A première vue, le personnage de la sœur (Céline Peret) peine à trouver sa place dans cette tripartite. Et pourtant, même si rien ne sort de sa bouche à part des rires, elle symbolise tout entière une adolescence introvertie, sorte de contrepoids silencieux aux chauds échanges verbaux.

Tout ce petit monde est joliment dirigé sur une scène minimale en triptyque. Le choix de ce décor réduit à l’essentiel laisse une large place au jeu. Au départ un peu gauche, ce jeu se délie assez vite pour exprimer des poses enfantines et tactiles chez les deux comédiens (Thibaut Nève et Stéphane Pirard) ainsi qu’un enchaînement d’hystérie et de folle tragédie chez Laurence Warin.

Deux choses entacheront à peine le spectacle : le coup de téléphone nocturne et anonyme reçu par la mère, qui plonge le public dans un noir un peu long et un humour parfois potache bien qu’efficace.

L’homme du câble était donc le premier volet très réussi d’une trilogie sur le thème de la famille. Thibaut Nève la clôturera en mars à l’Arrière-Scène avec « Toutes nos mères sont dépressives ».

Samuël Bury