Mardi 28 septembre 2010, par Caroline Paillard

Un triste sire qui fait rire

Voilà un vaudeville qui sort un peu de l’ordinaire. Un mari volage qui change de femme et de maîtresses comme d’autres changeraient de voitures, rien de bien neuf à cela. Pourtant le public rit et sourit parce que le filou parvient à se faire aimer de toutes ses femmes tout n’en aimant jamais que lui-même.

La pièce de Pierre Chesnot, mise en scène par Pierre Pigeolet, a une trame relativement simple : le mari, François Dumoulin, a une maîtresse qui débarque dans le domicile conjugal. La pauvre est aussi trompée que l’épouse légitime et, comme elle, au profit d’une plus jeune. Il faut se coaliser pour punir l’infidèle. Situations cocasses, quiproquos, on a l’impression d’avoir déjà vu ça cent fois. Mais là où le public s’amuse, c’est quand ce Don Juan, d’une mauvaise foi écoeurante, parvient à se poser en victime : il est lui-même délaissé par ses femmes qui ont pour point commun de préférer les ouvrages de dames aux câlins de l’homme. Et, grand dieu, ce filou menteur et manipulateur a le sens de la répartie ! Du coup, il parvient souvent à mettre le public de son côté parce qu’enfin : « Même lorsqu’il souffre beaucoup, on ne voit jamais les larmes du poisson qui pleure. » L’ennui, c’est qu’on attend beaucoup de la vengeance de ces femmes amoureuses et trahies et qu’au au final, la revanche n’en est pas vraiment une. Le beau salaud, joué par Pascal Racan, a donc un trop beau rôle et on ressort un peu frustré d’un châtiment qui ne vient pas.

Anne Forestier