Jeudi 11 février 2010

Songe d’une nuit agitée

Création singulière des sœurs Ostrowski autour du texte de Dostoïevski, Le rêve d’un homme ridicule jongle entre attention portée au corps et travail sur le son et la lumière afin de nous présenter un spectacle onirique.

Le rêve d’un homme ridicule conte une soirée d’un homme désabusé quant à la société dans laquelle il vit et qui compte mettre fin à ses jours. Avant de passer à l’acte, il s’endort et nous emmène avec lui dans son rêve… Sur un plateau vide, la comédienne – Naïma Ostrowski – entame son récit. Elle est l’homme ridicule de Dostoïevski, qui livre là un texte assez inégal, déployant une écriture juste et maîtrisée mais n’échappant pas à certains écueils.

Dépossédée en partie de sa voix, ses gestes semi-figés par le costume et son visage maquillé tel un acteur japonais, Naïma Ostrowski semble être une marionnette manipulée par une divinité, le texte ou bien est-ce par une volonté de vivre qui dépasse sa désillusion du monde qui l’entoure et qui la pousse à continuer malgré tout ? Toujours est-il qu’elle en est, si pas prisonnière, du moins dépendante… et seul le moment du rêve lui permettra de quitter ce carcan.

C’est cette question du rêve et de la mort qui fait le véritable intérêt de ce texte et où Dostoïevski offre sa meilleure plume. L’homme qui pensait qu’à sa mort tout s’arrêterait voit dans ce rêve l’occasion de se voir mort, d’être le témoin de sa propre fin, thématique que malheureusement Dostoïevski n’approfondira pas.

Après un combat entre le désir de mort et la pulsion de vie – affrontement de l’homme et son ombre, visuellement très réussi - , l’homme ridicule arrive dans le monde utopique où si l’écriture ne perd pas de sa richesse, le propos en tant que tel manque un peu de nuance : éternelle question de savoir si l’homme est mauvais par nature, pseudo-analyse des raisons qui font qu’une société en harmonie dégringole vers une société imparfaite – la nôtre, ça alors ! - et autres poncifs.

Mais heureusement pour le spectateur, la chorégraphie gestuelle ou le geste dansé – bref cet entre-deux, voire entre-trois, entre mouvement, danse et art martial – déploie ses potentialités dans un appel au corps utilisé avec intelligence. Tantôt il figure la parole, faisant être les descriptions de l’homme ridicule ; tantôt il s’en éloigne, doublant le sens, comme pour introduire une brèche, un doute, propre au rêve...

À côté de l’expression corporelle, la création sonore en direct par Ludovic Romain donne un relief au récit, modulant à sa guise la voix de la comédienne captée en directe, déformant les mots ou le souffle et jouant avec le volume – un peu trop parfois – et les échos. Sans oublier la création lumière de Michaël Bridoux qui construit à elle seule et avec talent la scénographie.

Un spectacle à découvrir !