Lundi 10 mai 2010, par Catherine Sokolowski

Sang équivoque

Ambiance rouge. Rouge comme le camion qui s’ouvre sur la scène d’un soir, rouge comme les couvertures distribuées à l’entrée, rouge comme le sang d’animaux atrocement mutilés. Magnifique moment en dehors du temps, cette pièce incontournable du théâtre du Grand Guignol se déroule dans la roulotte de Brockau, le faiseur de monstres, au cœur du Parc Malou à Woluwe-Saint-Lambert.
Du théâtre populaire, sans autre prétention que le divertissement, qui réussit parfaitement son objectif : entre sourires et répulsion, une joyeuse soirée pleine de cruauté.

Sommes-nous dans un film de Murnau, à une fête foraine ou dans un parc de Woluwe ? Ce joyau théâtral rassemble tant d’ingrédients pittoresques qu’il mérite le détour, ne fût-ce que pour le dépaysement qu’il procure. De l’ineffable Madame Arcovia, en passant par le monstrueux Brockau accompagné par un inquiétant gorille, sans oublier l’élégant directeur et sa jolie femme Lina, le jeu emphatique de quatre acteurs convaincus rappelle le cinéma de l’entre-deux-guerres.

Rires et frissons, airs dégoûtés et mines horrifiées, le spectateur est confronté à beaucoup de difformités. L’imagination de Brockau n’a pas de limites. Pour entendre parler du canard derviche, du lapin épilé ou du gorille humanisé, c’est bien là qu’il faut aller.

Comme l’amour et la cupidité sont aussi de la partie, c’est sans hésitation que nous vous y envoyons. Goûtez au charme désuet indescriptible de ce théâtre de foire, assistez au court-métrage qui clôture ce retour à une époque révolue et laissez-vous convaincre par ce clin d’œil horriblement divertissant.