Sandre

Schaerbeek | Théâtre | Le 140

Dates
Du 13 au 16 novembre 2018
Horaires
Tableau des horaires
Le 140
Avenue Eugène Plasky, 140 1030 Schaerbeek
Contact
http://www.le140.be
tickets@le140.be
02-733.97.08

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Sandre

"Ce qui est certain, c’est que je ne voulais pas faire de la peine aux gens. Mais j’ai tué quelqu’un. Une fois, j’ai tué quelqu’un, mais je ne suis pas folle." _Extrait

Sandre ce n’est pas elle. Elle, elle nous raconte l’amour et les promesses faites et trahies. Elle, c’est lui : un comédien exceptionnel qui nous fait entendre ce voyage hypnotique dans les blessures d’une vie qui s’est perdue. "Sandre", c’est un texte puissant, une interprétation magistrale et une mise en scène d’une redoutable intelligence qui amène le théâtre là où il est indispensable : dans nos tripes.

"’Sandre’ plonge plutôt dans la fiction, la tragédie même, avec l’extraordinaire Erwan Daouphars. Assis sur un fauteuil presque sans bouger, le comédien hypnotise l’assemblée dans le rôle d’une femme que la déroute conjugale et les petits sacrifices du quotidien vont mener au drame. Avec une scénographie crépusculaire, qui recèle de surprenants ressorts, le texte nous emmène par degrés dans la psychologie de cet être torturé. Noire de noire, la puissance de cette œuvre puise à la fois dans le fait divers contemporain et le mythe éternel. "
_Catherine Makereel, Le Soir

Prix Beaumarchais/SACD, Prix des Journées de Lyon des auteurs 2013 et Prix de L’Inédit théâtre

# Spectacle Découverte # Monologue # Performance # Infanticide

Distribution

De : Solenn Denis / Mise en scène : Collectif Denisyak / Avec : Erwan Daouphars / Création lumières : Yannick Anché / Scénographie : Eric Charbeau et Philippe Casaban / Costumes : Muriel Leriche / Construction décor : Nicolas Brun / Distribution : Drôles de Dames.
Texte publié aux éditions Lansman

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Vendredi 16 novembre 2018, par Didier Béclard

La trace grasse du quotidien

Un seul en scène où un homme incarne une femme qui a du mal à être elle-même, au point de se perdre. Solenn Denis signe un texte fort, juste, habité par Erwan Daouphars.

Sur un socle, un fauteuil, et une lampe avec abat-jour, en dessous desquels s’étale une forêt de pics comme ceux que l’on utilise pour empêcher les pigeons de stationner sur les statues, les monuments, les terrasses. Le danger se tapit sous le confort apparent. Un homme (Erwan Daouphars) raconte son histoire, ou plutôt l’histoire d’une femme emprisonnée, enfermée dans un couple, ou dans une prison. Une femme, bonne épouse et bonne mère, qui s’est engluée dans la routine du couple. Au début, il y avait les fleurs, les « je t’aime », les inséparables, ces perroquets de poche - si l’un meurt l’autre se laisse mourir - et les enfants, deux. « Tu joues à la poupée et puis tu veux avoir des enfants ».
Sa mère lui a bien dit : « On tient un homme avec le ventre. Si tu fais bien à manger, il pourra toujours voir ailleurs, n’empêche il reviendra à la maison ». Alors elle multiplie les bons petits plats, plus riches les uns que les autres, et tout cela s’accumule dans les hanches, dans les fesses, dans le ventre au point que personne ne s’aperçoit qu’elle est enceinte. Une femme ça souffre, et elle souffre seule, jusqu’à commettre l’irréparable en se débarrassant du fruit d’un rapport sexuel, plus que d’une nuit d’amour, parce que lui ne l’aime plus, ou pas, et qu’il a de toute façon rencontré une autre femme.
L’autrice Solenn Denis a écrit ce texte en pensant à l’acteur Erwan Daouphars. Confier le rôle d’une femme qui a commis un néonaticide (meurtre à la naissance) permet selon elle de « fuir le réalisme pur qui nous empêche de vivre notre émotion ». On ne projette pas ses sentiments sur lui, il y a une distance théâtrale qui donne envie de s’approcher de la personne, de la comprendre. Effectivement, ce « stratagème » nous éloigne du fait divers pour entrer dans l’introspection d’une femme qui n’arrive pas à vivre par ou pour elle-même. Elle s’acharne à répondre aux attentes des autres, elle s’oublie, elle n’est absolument pas connectée avec elle, elle se perd, elle perd sa vie.
L’écriture de cette tragédie humaine et moderne est légère mais efficace, tout comme le jeu d’Erwan Daouphars. Difficile de faire passer, de rendre audible un tel drame sans fixer une image dans un seul sens. La pièce ne montre pas le monstrueux mais le côté humain d’un cheminement qui ne peut que susciter l’empathie, ou, à tout le moins, la réflexion. A voir, absolument...

« Sandre »jusqu’au 16 novembre au 140 à Bruxelles, 02/733.97.08, www.le140.be, au Centre culturel d’Éghezée, le 17 novembre. Tél. 081/51.06.36, www.centrecultureldeghezee.be.

Jeudi 15 novembre 2018, par Laure Primerano

Médée 2018

En matière de sujets choc, l’auteure Solenn Denis n’en est pas à son coup d’essai.

Après sa pièce Sstockholm, présentée au Globe Théâtre de Bordeaux en 2014 et s’inspirant de la période de captivité de Natascha Kampusch, elle commence la même année la création de Sandre. Accueillie en cette mi-Novembre dans la grande salle du Théâtre 140, cette performance d’acteur touche à l’un des derniers grands tabous du 21ème siècle.

De l’antique mythe de Médée jusqu’à aujourd’hui, l’infanticide fascine autant qu’il révulse. Entre l’horreur et l’incompréhension se trouve toujours, en filigrane, la même question : comment peut-on en arriver là ? Question sur laquelle on évitera bien souvent de s’attarder, une fois tombé le verdict d’emprisonnement. Avec Sandre, Solenn Denis veut donner une voix à ces femmes qui ont commis l’impensable, prendre du recul sur leur diabolisation et remettre l’humain au centre de l’inimaginable. Pensé sous la forme d’un monologue d’une heure, Sandre nous invite à rentrer dans l’intimité d’une femme à priori comme les autres, de ses premiers amours au jour fatidique où tout a basculé.

Le texte est fort, poignant et laisse dans la bouche un sentiment de suffocation et d’angoisse, à l’image du minuscule espace éclairé d’où l’acteur, seul en scène, le déclame comme d’une tribune de fortune dans l’immensité noire du plateau. Cette anxiété palpable nous colle au corps bien après notre sortie de la salle de théâtre. Et bien qu’il laisse entrevoir, à demi-mots, les fatals événements qui constituent son dénouement, la pièce a la décence de jamais tomber dans le voyeurisme ou la violence gratuite.

Au centre de la scène se tient le comédien Erwan Daouphars qui forme avec l’autrice le Collectif Denisyak. Le choix d’un acteur masculin est réfléchi. En sélectionnant une personne elle-même incapable de donner naissance, Solenn Denis souhaite éviter un rapport trop important à l’affect qui pourrait entraver la performance et met ainsi une distance salvatrice pour le jeu. Magistral du début à la fin, il sait faire ressortir toutes les nuances du texte et, avec elles, toute son humanité. À la fois heureuse, peureuse, bafouillante ou en colère il incarne la réalité d’une femme en détresse qui s’accroche à ses certitudes, et sort de l’image monstrueuse habituellement dépeintes des infanticides. Si le choix d’une mise en scène épurée est compréhensible, un peu plus de dynamisme aurait cependant bénéficié à sublimer les talents de Daouphars.

En abordant avec subtilité un sujet qui de prime abord rebute, Sandre déroule sous nos yeux une longue descente aux enfers, qui débute par une simple marche ratée. Un spectacle bouleversant à ne cependant pas mettre entre les mains des plus sensibles.

Le 140