Jeudi 6 octobre 2011, par Caroline Paillard

Quand un champignon fait l’effet d’une bombe

Alex Lorette est auteur, metteur en scène et comédien, fondateur de la compagnie Kinésis en 2006. En 2010 il a mis en scène et interprété « Terres Mortes » de Franz-Xaver Kroetz (qui lui vaudra la nomination de « Meilleure Découverte » par les Prix de la Critique). Ses recherches questionnent essentiellement les notions de l’identité, du territoire et de la mémoire, tout en interrogeant le rapport au public et la forme théâtrale.

Hiroshima, événement historique majeur du 20e siècle est donc un sujet de choix pour cet auteur et metteur en scène, qui en propose ici une lecture-puzzle inspirée de témoignages réels, dont les individualités, forcément partielles et subjectives, apportent leur pièce à l’édifice. Sans tomber dans le pathos des images dramatiques, l’écriture poétique de ce « théâtre témoignage » propose une mise en lumière du rapport que chacun d’entre nous entretient avec le « très lointain », le « juste avant » et le « juste après » dans le temps et l’espace.

Toute en sobriété, la mise en scène (assistée par Léonore Frenois) donne néanmoins un cadre créatif au jeu des comédiens, qui alternent chœurs, monologues, jeux corporels. La scénographie d’Hélène Kufferath est emprunte d’une esthétique épurée mais juste, qui nous plonge dans des images fortes. L’ombre du nuage atomique retombant sur le sol, aux contours de la carte géographique du Japon, est dramatiquement belle, la scène d’une fête où coule le champagne en papier de soie noire, est horriblement efficace. Mis à part quelques longueurs et niveaux de jeu des comédiens par moments différents, Pika Don est un projet dont Alex Lorette a abouti ce qu’il voulait en dire et en montrer.

Céline Verlant