Jeudi 5 mai 2011, par Xavier Campion

Quand des tas de couples sont ce qu’ils sont

Il l’appelle « Minou ». Elle l’appelle « Lapin ». Ah, là oui vraiment, ça commence bien. Et ça n’arrête pas un instant de miauler, sauter, ronronner, cavaler, dresser l’oreille, et la queue, caresser... dans le sens du poils parfois, mais à rebrousse poils surtout.

« Elle et lui », comme on n’aimerait pas être, mais que l’on est quand même, comme on aimerait être mais que l’on n’est pas, comme on sera un jour, comme on est tout court ou comme on ne sera décidément jamais...
Leur rencontre, leurs engueulades, leur amour naissant, finissant, leur fausse amitié, leurs retrouvailles à la maison tous les soirs deviennent d’hilarantes caricatures expérimentales qui nous plongent comme témoin dans un laboratoire de zoo-sociologie où les exercices de styles fumants, explosifs, bouillonnants, ne manquent pas de créer de nouvelles formules et d’inventer de drôles de bêtes humaines.
Le cinéma, la pub, l’opéra, la danse contemporaine, la télévision, tout y passe, à la moulinette des meilleures pâtés pour animaux étranges que sont l’homme et la femme côte à côte, face à face, l’un derrière, devant, sur ou en dessous de l’autre.
Le dompteur Laurent Renard, qui porte bien son nom, a rusé d’agilité dans sa mise en scène, ronde comme une piste de cirque, une arène, un vieux 33 tours rayé, une valse lente, une tarte aux fraises, un bouton de culotte. Dans ce numéro en duo, Colette Sodoyez est une femelle tour à tour sauvage, apprivoisée, domestiquée. Elle change de peau comme elle respire, passant des poils aux plumes, des écailles à la carapace. Michel Hinderyckx est un fauve aux allures de nounours bien léché qui aime lire Picsou. Et quand ces deux ex, leur numéro bien en mains, se retrouvent, non pas aux portes du Forem comme on le croit, mais devant celles du Paradis, la gorge nous serre. Un ange passe. Ah ! C’est beau l’amour !

Céline Verlant