Mardi 20 décembre 2011, par Caroline Paillard

Quand cocaïne et théâtre ne peuvent pas se sniffer

D’abord, il y a le titre de la pièce qui titille la curiosité. Puis il y a le pitch qui émoustille déjà les zygomatiques. Vient alors la distribution dont les noms évoquent des synonymes de talents réunis. Il y a aussi l’annonce du programme qui nous dit « ces joyeux bras cassés sont doués pour rien sauf pour nous faire rire » Et enfin, il y a le théâtre qui les invite, dont le leitmotiv nous promet « ça va être dur de ne pas rire ». Gonflé à bloc par ces teasers alléchants, et après avoir traversé les émeutes de Matongé pour arriver au Théâtre de la Toison d’Or, ce soir-là, on se dit qu’on va prendre une bonne dose de rire bien méritée !

Jo, Tony, Franckie, Ritchie et Sergio ont rendez-vous pour le casse du siècle : dénicher le magot planqué dans les murs du château d’une comtesse. Se retrouver à un rendez-vous c’est plutôt basique me direz-vous, mais quand ce sont cinq petites frappes totalement à l’ouest qui doivent s’y rendre, c’est déjà le bordel dans le GPS de leur(s) neurone(s). Entre les quiproquos au téléphone sur fond de friture sur la ligne, les pensées tendance Feng-shui et plantes calmantes de l’un et les pulsions psychopathes qui virent aux envies de cul de l’autre, c’est sûr, les gaillards sont mal barrés ! Là où ça coince, c’est que le public coince vraiment et les comédiens qui n’en sont pas à leur premier rail de scène, coincent aussi, bien malgré eux. Aussi stupéfiant qu’inexplicable : la came ne prend pas, alors qu’elle devrait nous emmener dans un flash zygomatique dès les premiers sniffes de répliques. L’ambiance cinématographique à la « Tontons flingueurs » ne passe pas en version théâtrale, malgré tout l’évident travail produit en amont. Seule la scène d’entrée dans le château, au hasard des lampes de poche dans le noir, est hilarante, mais n’arrive que vers la fin…

L’asphalte du texte accroche quelques excellentes répliques (Jo/Didier Colfs) mais tombe surtout dans plusieurs nids de poule qui bloquent le rythme ou n’amènent pas grand-chose. La mise en scène (dealée méthodiquement par Olivier Massart) aurait peut-être gagné quelque chose à dépasser franchement la ligne blanche. Le réglage des moteurs de ces comédiens tous terrains (Didier Colfs, Nicolas Ossowski, Patrick Ridremont, Ahmed Ayed, Nina Drecq, Thomas Struyck) semble trop serré pour qu’ils ne se trouvent pas à l’étroit dans la conduite de leur jeu. Dommage, car le travail de construction des personnages, tous aussi différents, paumés, frimeurs, mythomanes et attachants les uns que les autres, est très juste.

Vous l’aurez compris, on déplore un seul effet secondaire en fin de soirée, mais pas bien grave : celui de se sentir un peu trompé sur la marchandise ; avec ou sans la paille, cette prise théâtrale goûte plus le coca-cola que la coke. Si elle n’est pas le casse du siècle annoncé, elle n’est pas pour autant une arnaque. Il vous reste à vous faire votre propre shoot pour vous faire votre propre avis.

Céline Verlant