Lundi 30 novembre 2009, par Jean Campion

Priorité au défoulement

De plus en plus d’internautes éprouvent le besoin d’étaler, sans complexes, leur vie privée sur la toile. Il était donc inévitable qu’un site leur propose de raconter leur dépucelage. Puisant dans 40000 témoignages, Ken Davenport a fabriqué un patchwork, qui cherche avant tout à divertir. Si l’on attend une exploitation plus ambitieuse de ce sujet porteur, on sort de cette soirée, frustrés. Si non, on se laisse emporter par la nervosité de la mise en scène, le punch de quatre comédiens talentueux et la contagion des rires.

"Qui compte faire l’amour cette nuit ?" Des mains se lèvent, des rires fusent. "Applaudissons-les bien fort." C’est sur ce clin d’oeil que se termine le lever de rideau, qui chauffe le public, le rend complice et lui promet de dédramatiser cette "première fois", avec humour et décontraction. Pour que l’avalanche d’anecdotes ne soit pas indigeste, elle est truffée de commentaires ironiques et entrelardée de chansons et de danses. Même si le pseudo-rocker allonge exagérément sa parodie, la plupart des numéros musicaux ont de l’allure et aèrent agréablement la pièce. Avant d’entrer dans la salle, les spectateurs ont pu répondre à un questionnaire sur leur première expérience sexuelle et ont l’illusion de collaborer au spectacle, puisque certaines de leurs confidences relaient régulièrement le texte de "My first time".

Un texte sans prétention littéraire, qui se contente de refléter la grande diversité des confessions réelles. C’est en misant sur cette variété que les comédiens réussissent à enfiévrer le plateau. Parfois le quatuor adopte un rythme haletant, pour souligner les contrastes entre les comportements. Leurs réponses aux questions : "Où, quand, comment, avec qui avez-vous perdu votre virginité ?" crépitent comme les rafales d’une mitraillette.

Moments exubérants qui alternent avec des scènes plus sereines. Le plus souvent cocasses. Comme cette découverte du plaisir saphique, interprétée avec beaucoup de malice ou le quiproquo qui oblige une jeune fille en détresse à subir des fous rires cruels. Utilisés à bon escient, les accents pimentent bon nombre d’interventions et provoquent l’hilarité générale. Pourtant, lorsque Julie Duroisin incarne une fille qui fait l’amour avec un handicapé ou quand Julie Lenain devient une soeur qui assume crânement sa relation incestueuse avec son frère malade, on regrette que les îlots d’émotion soient si rares.

"Les Monologues du vagin" d’Eve Ensler et "Les Monologues voilés" d’Adelheid Roosen s’appuient, eux aussi, sur une moisson de témoignages. Mais leurs auteurs ont laissé le temps à leurs personnages de prendre de l’épaisseur et de nous toucher par leur fragilité, leurs contradictions et leur volonté de s’affirmer. Ken Davenport a préféré nous offrir un spectacle alerte , qui survole, sans vulgarité, une multitude de rapports sexuels. Un choix ratifié par les réactions d’un public conquis.