Mardi 6 mars 2012, par Joséphine

Nosferatu dans la brume

Transposer Dracula sur la scène ? L’idée semble séduisante. L’univers du Prince de Ténèbres, parcouru de cryptes humides et de manoirs gothiques, parait tout désigné pour être développé dans l’espace confiné du théâtre. A travers leur adaptation du roman de Bram Stoker, Sofia Betz et Antoine Bours souhaitent offrir une version du mythe alliant horreur, burlesque et réflexion. Malheureusement, le résultat final est miné par une batterie de procédés inutiles. Dommage pour ce Dracula, dont les intentions louables sont étouffées par de regrettables trivialités.

Certes, la pièce débute agréablement. Trois femmes peroxydées émergent de leurs chrysalides. Amplifiées au moyen de microphones sur pied, les voix sensuelles envahissent l’espace et posent la promesse d’une ambiance glamour et horrifique. Dès lors, on regrette amèrement que la suite des événements rompe avec la réjouissance des premiers instants. L’irritation provient essentiellement de l’interprétation poussive des comédiens masculins, dont le cabotinage, les cris intempestifs et les scories gestuelles noient complètement le plateau. Seul le personnage de Renfield, incarné par Xavier Delacollette, accède à une certaine consistance. Les tentatives d’humour sont-elles appréciables ? C’est affaire de goût. Il est cependant clair que la surenchère des effets comiques empêche tout investissement sérieux de l’histoire. Le maelström des propositions scéniques finit par dissoudre tout fil narratif. Le spectateur se perd dans l’agitation des personnages, le fouillis des accessoires, l’abondance des bruitages et les musiques surgissant de toute part.

Toutefois, la pièce présente des qualités. D’une façon générale, la distribution féminine tire son épingle du jeu. Le trio des goules (Sophie Jonniaux, Mirabelle Santkin, Emilienne Tempels) dynamise efficacement la mise en scène, même si les interventions auraient gagné à être plus économiques. Mention spéciale à Chloé Struyvay (Lucy) et Caroline Kempeneers (Mina), dont les personnages sont incarnés avec finesse. D’autre part, La scénographie offre quelques trouvailles, notamment l’emploi de panneaux en toile, dont le pivotement rythme habilement certains déplacements des protagonistes.

Le mythe de Dracula ouvre sur un continent riche et complexe, où l’effroi se mêle à notre fascination pour un des personnages fantastiques les plus charismatiques qui soient. Très certainement, la légende du célèbre Comte invite à la réflexion, notamment sur notre fascination pour le « monstre », la politique de la peur ou l’aveugle inquisition. Le danger réside précisément dans le risque de se perdre parmi tant de possibilités. A trop miser sur une approche plurielle, humoristique et dramatique, aucun réel point de vue ne peut se dessiner, laissant le spectateur dans un état de perplexité.

Charles-Henry Boland