Samedi 30 janvier 2010, par Jean Campion

"Ma voix vous montre la voie..."

"La Note bleue", le dernier album de Claude Nougaro, est sorti en 2004, un peu après sa mort. C’est à cette même période qu’Isabelle Wéry eut envie de vivre en osmose avec le baroque troubadour, dans ce spectacle singulier, pétillant et en CHANTEUR. Repris déjà plusieurs fois, il est à nouveau à l’affiche . Pour notre plus grand plaisir.

Noir complet. La voix puissante et chaude de Nougaro emplit la salle :
Dans le désert du papier blanc
Mes vieux chameaux de mots naviguent
Croisant parfois les ossements
D’un poème mort de fatigue.
J’ai soif...
Derniers mots du "Chant du désert". Un spot darde son rayon sur la comédienne alanguie. Elle s’anime progressivement, prend possession de la scène, en brandissant des gants rouges de boxeur :"J’ai plongé dans la vie en sortant de ma mère." Suivant un itinéraire très souple, Isabelle Wéry revisite certains thèmes chers à l’artiste toulousain. Sensualité du PETIT TAUREAU qui se lâche devant "un beau feu d’artifesse". Fascination du CINEMA, qui dans un fondu enchaîné devient CHANSON POUR MARILYN. Contemplation de la blancheur de LA NEIGE d’un noir éblouissant ou de LA PLUIE qui FAIT DES CLAQUETTES sur le trottoir à minuit...

Habitués aux conventions du récital ou de l’hommage, nous attendons LE JAZZ ET LA JAVA, BIDONVILLE, ARMSTRONG ou NOUGAYORK. Et nous sommes frustrés. Pas de rappels, des tubes avec modération. Ainsi en a décidé l’auteur de ce spectacle "légèrement hybride". En privilégiant les textes moins connus, qui la font vibrer, elle marque son territoire et nous rend témoins de sa communion avec Nougaro.

Couvée du regard par son complice Marc Doutrepont, qui distille des sons "en live", Isabelle Wéry apporte à chaque chanson un relief particulier, tout en respectant la cohérence de cette soirée envoûtante mais trop courte. Elle boxe les mots, les caresse, les décortique, les susurre. Parfois, elle chante sur la voix de Nougaro avec un léger décalage. Ses gestes, ses mimiques, son phrasé rendent pourtant la plupart de ses interpétations très personnelles. Voyez avec quelle impertinence elle démystifie le machisme des DON JUANS.

L’aisance et la justesse manifestées par la comédienne tiennent à son talent, mais aussi à la mise en scène fluide d’Herbert Rolland et aux lumières enveloppantes de Xavier Lauwers. Tour à tour provocante, féline, passionnée, espiègle, émouvante, elle nous fait écouter SON Nougaro. Un poète qui harponne les sons, pour jongler avec les mots. Un homme qui "aime la vie quand elle rime à quelque chose".