Les enfants du soleil

Bruxelles | Théâtre | Théâtre des Martyrs

Dates
Du 26 avril au 20 mai 2017
Horaires
Tableau des horaires
Rideau de Bruxelles @ Théâtre des Martyrs
Place des Martyrs, 22 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatre-martyrs.be
billetterie@theatre-martyrs.be
02 223 32 08

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Les enfants du soleil

Dans une grande maison en ville, des gens entrent et sortent continuellement, se cherchent, pour se déclarer leur amour ou se quereller. Quand ils sont finalement réunis, ils imaginent un monde meilleur, peuplé d’êtres humains à leur image, solaires, forts et pleins d’idéaux. Dans ce monde rêvé, placé sous le signe de la connaissance, des sciences et des arts, le peuple serait éduqué et instruit. La société serait débarrassée de tout ce qui est violent et sauvage. Les occupants de cette maison ne supportent pas que cette sauvagerie fasse irruption dans la maison. Ils ne s’aperçoivent pas que dehors, tout est chamboulé. A cause d’une épidémie, un mal invisible dont tout le monde parle, mais aussi parce que quelque chose de plus fort que tout, de plus grand et d’irrésistible est en marche. Serait-ce la révolution ?

Il est très à la mode, par les temps qui courent, d’appeler la révolution de ses vœux, d’affirmer que « si ça continue, ça va finir par péter ! », d’éventuellement même légitimer la violence, voire pour certains, plus extrémistes, d’envisager de prendre les armes. Mon pressentiment de simple citoyen est que ce tabula rasa n’est pas pour demain, que le grand soir se fera encore attendre, dans ce monde où les puissants n’ont jamais été aussi forts de leur pouvoir économique global.

Mon envie d’homme de théâtre est d’aller fouiller du côté des idéaux et des utopies (révolutionnaires ?) de notre temps. De questionner les rêves, les projets de société par le biais du théâtre. Comme le théâtre, selon moi, doit toujours rester un divertissement - édifiant, troublant, dérangeant bien sûr, mais jamais un pensum - Les enfants du soleil, cette étrange comédie de 1905, l’année de la première tentative de révolution russe, réunit tout ce que je cherche à mettre en mouvement au théâtre et me permet de continuer à questionner l’individu dans son rapport complexe aux autres et au monde mais, cette fois, dans un contexte plus politique. Chez Gorki, la révolution est devant la porte. Et puisqu’on ne lui ouvre pas, elle tente de se frayer un chemin, de se glisser par les fentes et fissures de l’édifice bourgeois. Cette pièce marquante n’a jamais été créée en Belgique francophone alors qu’elle est régulièrement représentée partout dans le monde. Ce sera donc une première création chez nous !

(Christophe SERMET, metteur en scène)

TEXTE : Maxime Gorki
JEU Claire Bodson, Marie Bos, Vanessa Compagnucci, Francesco Italiano, Philippe Jeusette, Yannick Renier, ...
SCÉNOGRAPHIE & LUMIÈRES Simon Siegmann CRÉATION SONORE Maxime Bodson VIDÉO Stefano Serra
TRADUCTION FRANÇAISE Natacha Belova
ADAPTATION & MISE EN SCÈNE Christophe Sermet
PRODUCTION Rideau de Bruxelles | Compagnie du Vendredi - Christophe Sermet

Avec l’aide du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles - Service du Théâtre - CAPT. Avec la participation du Centre des Arts Scéniques.

Distribution

De Maxime Gorki, Mise en scène Christophe Sermet, avec Claire Bodson, Marie Bos, Vanessa Compagnucci, Francesco Italiano, Philippe Jeusette, Yannick Renier, ...

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1 Message

  • Les enfants du soleil

    Le 14 mai à 16:55 par Segalen

    Je n’ai pas aimé l’adaptation de l’auteur ni la mise en scène, brouillon, ce rideau à moitié baissé où l’on voit les personnages de l’autre côté qui mangent ou ne font rien. Cela distrait le spectateur. A part 2 ou 3 comédiens, on ne comprend pas bien les acteurs pourtant ils parlent dans un micro mais n’articulent pas ce qui est alors éprouvant pour une pièce de 2h30. Les passages avec la musique trépidante sont difficiles à supporter.

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Dimanche 7 mai 2017, par Jean Campion

Gorki, lanceur d’alerte

"Il y a chez les Russes un côté sanguin, charnel, passionnel que j’aime travailler." Avec une bonne partie de l’équipe de "Vania !" (Prix de la critique 2015), Christophe Sermet passe de Tchekhov à Gorki, en mettant en scène "Les Enfants du soleil". Une comédie foisonnante, inspirée par des manifestations réprimées dans la sang, en 1905. Emprisonné, pour y avoir participé, Maxime Gorki l’écrit dans l’urgence. Sous la métaphore du choléra, qui échauffe le peuple, perce cet élan révolutionnaire. Reflétant une situation politique effervescente, cette pièce annonce la fin d’un monde et trouve un curieux écho dans les tensions de la société actuelle.

Pour disposer d’une lumière suffisante, Pavel Protassov mène ses expériences scientifiques dans la salle commune. Là où, autour d’une grande table, on rêve d’un monde meilleur et où on dévoile ses sentiments. Chimiste en culotte courte, Protassov ne jure que par la science. Une passion qui l’amène à délaisser sa femme. Eléna se plaint de devoir prendre rendez-vous pour lui parler et fréquente le photographe Vaguine, qui lui fait la cour, en exaltant sa fibre artistique. Dans sa bulle, le mari est le seul à ne pas voir le danger. Même aveuglement à l’égard de Mélania, une femme qui l’aime passionnément. Pour tenter de le conquérir, elle mise sur l’argent, la ruse et accepte même d’être humiliée. Feignant de s’intéresser aux livres qu’il lui prête, elle bute sur le vocabulaire scientifique. Les explications qu’elle demande à son frère détesté, le vétérinaire Tchépournoï, ne lui valent que des railleries. Ecoeuré par les hommes, celui-ci respecte les animaux, qui agissent sans calcul et sans haine. Il noie son désenchantement dans l’alcool et le cynisme. Seul, son amour pour Liza, la soeur de Protassov, le raccroche à la vie. Malgré un premier refus, il espère la convaincre de l’épouser. Rongée par une maladie nerveuse, Liza se l’interdit. Instable, extralucide, elle joue les Cassandre : "Quand j’entends quelque chose de grossier, de violent, quand je vois du rouge, je sens dans le coeur une angoisse panique."

Protassov voue un culte à la chimie : "Partout elle décèle l’harmonie, elle cherche obstinément l’origine de la vie." Cette science stupéfiante excite son esprit et le déconnecte des réalités matérielles. L’arriviste Nazar Avdéïévitch lui propose de diriger un laboratoire, qui ferait des profits. Lui, rêve de recréer la vie artificiellement, de vaincre la peur de la mort. Contrairement à Vaguine, un artiste farouchement égoïste, Eléna est une idéaliste tournée vers les autres. Comme son mari, qui l’applaudit quand elle s’exclame : " La beauté, il faut que tous les gens puissent la comprendre. L’aimer. Et là, ils construiront leur morale sur elle."

Vivant en vase clos, ces nantis, qui ont eu accès au savoir et à la culture, sont englués dans leur confort et leurs contradictions. Lorsqu’il rate une expérience, Protassov pleurniche, comme un enfant devant son jouet cassé. Ce grand naïf n’assume pas ses responsabilités. Il réprimande trop timidement son ouvrier Iégor, une brute qui bat sa femme, et ne le dissuade pas de croire aux ragots sur les médecins profiteurs. Quand le choléra se rapproche, il laisse son épouse prendre le risque d’aller soigner une malade. Coupés du monde qui souffre, ces rêveurs inactifs sont désarmés devant le grondement de la révolte.

Dans "Vania !", Christophe Sermet et son équipe faisaient éclater la vie dans une atmosphère désenchantée. Cette adaptation des "Enfants du soleil" témoigne du même désir d’insuffler une pulsion vitale dans cette longue pièce, truffée de discussions stériles. Cette mise en scène fait bouillonner la comédie aigre-douce. La collaboration entre Natacha Belova et Christophe Sermet débouche sur des dialogues vifs et percutants. Un texte résolument moderne, qui mêle efficacement poésie, sensibilité et dérision. Dans un décor plus évocateur que figuratif, la grande table attire les personnages. C’est autour d’elle qu’ils échafaudent des utopies et dissèquent la vie. Dans la peau d’idéalistes sentimentaux, les comédiens vivent ces échanges avec une exaltation fiévreuse. Cependant leur "jeu cinéma" reste très nuancé. Merci les micros. En participant aux changements de décor, les acteurs dynamisent la représentation et confirment que nous assistons à un spectacle, ponctué par le mot FIN. Deux narratrices l’encadrent, puis endossent les rôles des domestiques, observatrices objectives du drame qui couve.

En 1905, Gorki est lié aux Bolcheviques et à Lénine. Plus tard, il deviendra un membre éminent de la nomenklatura soviétique, sous Staline. Cependant "Les Enfants du soleil" n’est pas une oeuvre partisane, défendant la cause révolutionnaire. A travers des affrontements désamorcés par la dérision, Gorki nous montre des utopistes sincères, incapables d’ imaginer un soulèvement populaire. Que peuvent pourtant la science et l’art face à la violence et à la brutalité ? L’auteur questionne notre humanité et lance une alerte. Après les campagnes électorales haineuses aux U.S.A. ou en France, peut-on l’ignorer en 2017 ? La fumée sort du volcan. Evitera-t-on l’éruption ?

Jean Campion

Théâtre des Martyrs


Place des Martyrs, 22
1000 Bruxelles