Lundi 19 décembre 2011, par Catherine Sokolowski

Lady Sings the Blues

Tout en charme et en sobriété, Viktor Lazlo nous offre un moment jazz au théâtre, puis, bientôt, dans d’autres salles. Elle évoque la vie sombre de la chanteuse noire américaine Billie Holiday par quelques phrases déposées parmi ses chansons, quelques photos projetées pendant les morceaux ou un gardenia blanc dans ses cheveux, la fleur qui ne fera jamais d’elle une blanche… Un délicieux moment hors du temps.

Quatre musiciens accompagnent la chanteuse : piano, contrebasse, batterie et saxophone jouent de concert. Jupe longue et bustier en satin, Viktor Lazlo apparaît, élégante, visiblement heureuse d’accueillir un public très nombreux. Elle entame directement le répertoire de Billie, façon Viktor, pas la même voix, bien sûr, mais le résultat est agréable, beau, juste.

Eleanora Fagan, alias Billie Holiday, eut une enfance difficile, à sa naissance, sa maman avait 13 ans et son père, Clarence Holiday, 17. N’ayant jamais pu l’appeler « Daddy », elle le cherche à travers ses amants. La vie réserva beaucoup de moments sombres à cette icône du jazz, élevée à Baltimore et à New-York, partagée entre le succès, les hommes, l’héroïne et l’alcool.

Parmi la vingtaine de succès revisités, notons une très belle interprétation du merveilleux « Strange fruit », poème mis en musique, qui évoque le lynchage des noirs. Engagée, Billie y dénonce le racisme, qui l’obligea d’ailleurs à interrompre une tournée dans les Etats du Sud.

Souvent meurtrie, parfois heureuse, Billie Holiday est une artiste exceptionnelle. Dans ce « best of », Viktor Lazlo ne se contente pas de relater les faits, elle les vit, et cette interprétation accentue le côté dramatique de cet hommage. Certains regretteront que la biographie de la star ne soit qu’évoquée et non explicitée, d’autres apprécieront cette invitation à la découverte. L’enjeu n’est pas là. Pendant une soirée, la chanteuse fait revivre l’autre chanteuse, un très beau moment musical, jazzy à souhait. Un plaisir.