Mardi 23 mars 2010

La violence est l’essentiel ou n’est rien

Adaptation du roman d’Elfriede Jelinek, Les Exclus d’Olivier Boudon, aborde l’effondrement des valeurs pour la génération de l’après-guerre et la naissance de la violence. La pièce navigue entre cas particulier et cri d’une génération entière et nous livre à la fois un univers socio-historique donné et les clés d’une interrogation qui reste actuelle.

Au départ du roman, un fait divers : le massacre par un adolescent, Rainer, de sa famille entière. Dressant le portrait de Sophie, issue d’une famille plus qu’aisée, de Hans, fils d’ouvrier assoiffé de culture, d’Anna et de Rainer, petits bourgeois qui veulent s’élever de la masse par leurs lectures, l’auteure met en exergue des individus aux origines sociales différentes qui se retrouvent sur un même terrain, celui d’un langage hérité qui n’a plus sens.

Sans expliquer, ni tirer de conclusion, Les Exclus pénètre principalement dans l’esprit tourmenté de Rainer, nous laissant découvrir à travers ses yeux le monde petit bourgeois qui l’entoure et qu’il rejette ainsi que les structures sociales et historiques dans lesquelles son action prendra place.

Les références littéraires sont intégrées de manière telle que la pièce ne coule pas dans un intellectualisme abscons tout en permettant de comprendre leur influence dans la démarche et la pensée des protagonistes.

Comme le disait Bataille, « la littérature est l’essentiel ou n’est rien » et, chez ces lycéens, elle se posera comme une nouvelle pierre angulaire, compensant les valeurs anciennes auxquelles ils n’adhèrent plus. Ces quatre adolescents vont tenter de se construire un nouveau système de pensée, basé sur leur lecture de Sartre, Camus, Sade ou Bataille qu’ils comprennent à peine voire mal, auteurs qui deviennent caution de leur ascension vers une violence extrême. Violence que le metteur en scène aura su faire ressentir aux spectateurs sans le noyer sous des images ou des sons assourdissants mais essentiellement par la rage et le cynisme des acteurs.

L’adaptation signée Jean-Bastien Tinant fragmente le texte en différentes partitions qui assument une narration à la troisième personne. Les personnages, excepté Rainer, sont donc entre incarnation et énonciation et si le procédé est intéressant, c’est là que se révèle l’inégalité dans le jeu des comédiens, qui semblent par moment éteints face à l’énergie névrosée de Rainer, prise en charge par l’excellent Benoît Piret.

Malgré une tendance à vouloir trop dire, rendant certains passages superflus, c’est une pièce qui pose réellement question, tantôt subtilement, tantôt de manière un peu trop caricaturale, mais qui vient assurément déranger le spectateur !