Lundi 25 janvier 2010, par Jean Campion

La Peur, une maladie contagieuse.

Les images sanglantes des attentats en tous genres, qui se bousculent sur nos écrans, nous incitent à enfermer le terrorisme dans cette violence obsédante et spectaculaire. C’est à un terrorisme plus insidieux que s’attaquent Oleg et Vladimir Presnyakov. Ecrite avant le 11 septembre 2001, leur pièce dénonce l’obsession grandissante de l’insécurité, la peur de l’autre et l’abus de pouvoir. Avec un humour grinçant et des personnages décalés, qui rendent certaines séquences jubilatoires et d’autres plus laborieuses.

Sans explications, un policier empêche brutalement un voyageur de pénétrer plus avant dans l’aéroport. Puis il consent à révéler que des valises abandonnées sur le tarmac paralysent tout trafic. Situation qui ne surprend plus... En revanche, deux hommes habillés du même complet rose tiennent des propos énigmatiques. Leur désinvolture narquoise augmente le stress de l’homme d’affaires.

Les tableaux suivants reflètent le sentiment de terreur que chacun peut éprouver dans le monde actuel. Des jeux sado-masochistes réveillent chez un amant le désir de domination. La tyrannie tatillonne d’un chef de bureau pousse une employée à se pendre dans la salle de décontraction. Viscéralement raciste, une vieille dame incite son amie à empoisonner son gendre qui n’est pas blanc. Des pompiers se délectent de photos trash, ramenées de leurs missions et s’acharnent sur un collègue souffre-douleur. Apparemment disparates, ces scènes sont reliées par un fil rouge qui rend l’intrigue cohérente. Elles se rejoignent aussi par le mélange de violence, d’humour noir et d’éléments farfelus comme le bonnet de bain de l’amant, la tête de chien du psychologue ou des grappes de raisin récurrentes. Ces clins d’oeil déconcertants et les changements de décors, de costumes et de perruques à vue nous invitent à observer à distance cette histoire. Ne serait-ce pas qu’un cauchemar ?

Dirigée avec précision par Olivier Coyette, la troupe belgo-québecoise
insuffle à ces personnages étranges une énergie efficace. Cependant la qualité de l’interprétation ne masque pas certaines faiblesses. La discussion entre les amants, avides de sensations fortes, a tendance à piétiner. Et le déchaînement aveugle de pompiers expérimentés paraît trop gratuit pour nous impressionner. On savoure, par contre, les conseils délicieusement perfides d’une mamie criminelle et on ne peut pas résister à la folie hystérique, déclenchée par un suicide. Ce défoulement général n’a rien à envier aux scènes les plus drôles du "Révizor" de Gogol.

Les informations diffusées en boucle et les arrêts sur image, qui ouvrent le spectacle, nous le suggèrent : le terrorisme s’infiltre sournoisement dans notre quotidien. Sous de multiples facettes. En imaginant ce jeu de dominos, qui montre l’interdépendance de nos actes, les frères Presnyakov stimulent notre vigilance et nous encouragent à assumer nos responsabilités sociales. Vides ou bourrées d’explosifs, les valises larguées sur le tarmac engendrent la peur...