Lundi 5 mars 2012, par Joséphine

Je pose ou je suis ? Regarde : Je me tiens devant toi nue.

Ce « je » sera celui des dix personnages qui viendront tour à tour se livrer sur scène. Dix femmes différentes, dix types, presque des clichés. De la laide femme à lunettes amoureuse d’un assassin à la future mère suicidaire, ce sont des témoignages tantôt drôles tantôt tragiques qu’interprètent au théâtre de la place des Martyrs quatre comédiennes talentueuses.

Le jeu des actrices est le point fort de ce spectacle. Tour à tour vieille fille, danseuse de nuit, adolescente anorexique, elles donnent vie et profondeur aux personnages de la romancière américaine Joyce Carol Oates. Personnages entiers mais également moyens lui permettant d’aborder la question des différentes facettes de la féminité et de la condition féminine. C’est grâce à la justesse de l’interprétation que nous pouvons nous mettre à la place de cette femme enceinte, seule et plus toute jeune, que nous pouvons comprendre le geste de cette institutrice emmenant un adolescent de quinze ans dans un motel ou encore les larmes versées devant un bouton sur la lèvre.

La metteuse en scène Christine Delmotte déclare qu’il s’agissait pour elle de rendre visible le trajet de pensée de ces femmes, de mettre en forme leurs fantasmes et visions illusoires de la vie. Est-ce pour cela que leurs mouvements sont non seulement dédoublés mais triplés grâce à une caméra qui filme en direct et à un enregistrement ? Ou bien est-ce pour insister sur la notion de témoignage ? Ou pour nous dire que finalement ces femmes ne se mettent pas tant à nu que ça, qu’elles se représentent bien plus qu’elles ne se donnent ?
Quelle que soit l’intention exacte, le procédé est lourd et dessert la mise en scène. De même, on peut se demander pourquoi tant de redondance : la corde pour dire l’intention du suicide, la tenue de prisonnier pour présenter l’institutrice... Le texte est suffisamment clair et on apprécie la sincérité avec laquelle il est porté. Pour une fois que les acteurs ne surjouent pas, c’est la mise en scène et la scénographie qui viennent alourdir le propos...

Karolina Svobodova