Lundi 15 novembre 2010, par Catherine Sokolowski

Isthme entre antipodes

Rencontre avec le mal-être, « Niets » est un monologue fougueux de Nic Balthazar, brillamment interprété par Martin Swabey, dans lequel se succèdent des témoignages filmés et les commentaires de Ben, autiste persécuté par son entourage. Ben ne fait plus partie de notre monde et nous propose une description minutieuse des faits qui l’ont conduit à disparaître, nous faisant partager son immense détresse intérieure.

Décor froid et artificiel, Ben attend son public, perdu dans l’univers de Diablo, célèbre jeu de rôles virtuel. Toujours à la frontière du réel, il semble avide de raconter son cauchemar. Le journal parlé, présenté par François de Brigode, sert de support à son histoire. Au-delà d’une interprétation autiste, il y a des faits.

Témoignages des étudiants de l’école de métallurgie, explications de sa maman, avis du directeur de l’école, la société n’était prête ni à l’accueillir ni à le comprendre. Harcelé par ses condisciples, Ben n’a eu d’autre choix que de s’enfuir. La pièce décrit le monde du persécuté, ici, un autiste, mais pouvant se dériver à toutes les autres situations d’exclusion.

Evoluant dans un quotidien fait de bêtise, d’incompréhension, de lâcheté, ou d’indifférence, il se réfugie dans le monde virtuel. Ben, devenu Zorro, rencontre Barbie. S’agit-il d’une rencontre virtuelle ou d’une idéation, la pièce n’est jamais fermée. Mais Barbie l’aidera à s’échapper de cet enfer quotidien.

Bien plus qu’une description de l’autisme, « Niets » raconte le cauchemar des personnes différentes, victimes de harcèlement. Et Martin Swabey semble presque le vivre, ce cauchemar, seul sur la scène, transpirant à grosses gouttes. Sensibilité et émotion sont donc au rendez-vous de ce spectacle touchant qui, d’une manière ou d’une autre, fait référence à notre quotidien.