Lundi 7 février 2011, par Catherine Sokolowski

Ici et maintenant !

Doté d’une mise en scène originale s’appuyant notamment sur la répétition, « Les poissons rouges » propose une étude assez sombre de la société. Comme les poissons rouges, l’être humain semble oublier son passé puisqu’il le reproduit régulièrement sans en tirer parti. La vie est un éternel recommencement de scènes identiques, bonheurs et malheurs se succèdent inlassablement, et quand un être humain disparaît, il est automatiquement remplacé. Introspection, froideur et originalité sont au rendez-vous de cette pièce qui aurait gagné à être raccourcie.

Vêtus de combinaisons noires les rendant presque interchangeables, un groupe d’acteurs dialogue dans une décapotable. Jolie mise en mouvement du véhicule par la gestuelle des passagers dont l’élocution est claire et volontairement artificielle. La sonorité est travaillée et constitue probablement l’argument majeur en faveur du spectacle.

L’on se raconte des histoires, l’on s’interroge sur la suite qu’elles pourraient avoir, l’on partage des hamburgers et l’on finit toujours par se disputer. Les intervenants sont alors éliminés et renvoyés dans le néant par un préposé à cette tâche.

Assez ésotériques, les dialogues seront assimilés différemment par chacun. Globalement, nous sommes des numéros destinés à exister jusqu’à ce qu’un problème survienne. Toute scène se répète et l’harmonie durable est impossible, quel que soit le groupe en présence.

Les répétitions peuvent devenir lassantes une fois qu’on est en mesure de les anticiper. Mais cette lassitude est peut-être voulue puisqu’elle cadre avec le sujet de la pièce. Le spectateur vit ce qu’il voit, de manière presque hypnotique, une dynamique de la répétition qui induit l’ennui.

Les points forts du spectacle sont donc la mise en scène de Virginie Strub, le jeu envoûtant des acteurs et la sonorité particulière. Acceptez cette invitation à la réflexion sur la mémoire collective, recomposez votre propre puzzle, prenez conscience des maux de notre société et ... indignez-vous ! comme le dirait Stéphane Hessel.