Vendredi 9 décembre 2016, par Dominique-Hélène Lemaire

Fibre Poétique...

E(mots)tions : “Les étoiles sont nos ancêtres ; nous sommes des poussières d’étoile : c’est une des grandes découvertes de l’astronomie contemporaine.” Trinh Xuan Thuan

Fibre poétique…Expérience de voyage connecté, sonore, captivant : une poétesse delphique nous est tombée du ciel belge. La transe poétique transforme. Elle fait l’amour, corps et âme, aux mots "pas sages". Le regard se fixe ou s’égare, les pupilles se dilatent, les artères se contractent, le sang bat, les mots fusent, les spectateurs se brûlent à la chaleur organique de Laurence Vielle et Catherine Graindorge, musicienne.

La salle se met sur orbite et suit la comédienne vêtue comme une écolière dans la valse avec l’univers. Les échauffements du début ont bien marché : ces questions impertinentes et simplettes posées à brûle-pourpoint à chaque visage qu’elle a jeté dans son filet. Alors les cœurs ainsi préparés s’emballent, malgré le cadre sévère du sous-sol, malgré la couleur de la morosité, malgré l’impuissant fatalisme du propos - ou en vertu de celui-ci - la pression sensorielle crève le plafond. Le mode féminin, muscles bandés, exulte. La respiration des textes s’accélère et devient haletante, les impulsions éclectiques foisonnent, la salive s’emballe, la poésie jaillit dans tous les sens, la parole soulèverait des montagnes et la violence de l’acte poétique meurt dans la musique de sa comparse en tenue de troubadour. OUF !

F comme femmes. En vagues régulières pendant plus d’une heure, notre poétesse, désormais nationale, adapte sa voix à notre monde égaré mais qui roule imperturbablement comme bille autour du soleil dans l’indifférence de l’univers, avec elle et nous, à 30 km /seconde. Au passage, Elle tire à boulets bleus sur tout ce qui dérange, dans un rythme de mitraillette. Les mots vibratoires se croisent en gerbes d’étincelles poétiques. Les cibles se transforment en mondes possibles, la rime est reine et entêtante, la musicalité ravage le texte tandis que le texte imprègne la musique de l’autre sur scène, cette comparse joyeuse, souriante et solaire qui manie les instruments de musique et galbe les effets passionnés de voix. Ecoutez les profondeurs légères des passagères de la terre, des passantes compatissantes et des passeuses de sens pluriels !

Vivez cette inoubliable expérience de passage entre les mondes possibles, quand les cibles sont mortes. Vivez cette reconnaissance insolite des âmes, la frivole humilité, l’ attachement et le retour à la terre mère et à la mer qui fait naître. Palpez l’eau native, la narration de l’eau. Appréciez le bain dans les mots traqués, hachés, et jetés en poussière d’étoiles dans un ciel qu’il ne faut jamais arrêter de contempler. FOU !

En une phrase : "Ceux qui vivent d’amour, vivent d’éternité !" Voici Encore un passage : mort il y a 100 ans, le 27 novembre 1916 à Saint-Amand, Emile Verhaeren ressuscite.
Dominique-Hélène Lemaire