Vendredi 10 décembre 2010, par Xavier Campion

En avant pour la bobotomie...

Les contes urbains du Poche en sont à leur 5e édition. Cette fois, ils s’attaquent aux bobos, classe sociale hybride aux identités et aux valeurs parfois contradictoires. Classe sociale de la grande majorité du lieu aussi... 4 contes, 4 metteurs en scène, 4 comédiens. Un spectacle en séquences qui joue de ces 3 dimensions, trace des (auto)portraits satiriques et remet en question par l’humour des modes de consommation. Et malgré ça, la sauce bobo ne prend pas...

Ces contes bobos urbains ont au moins un mérite, celui d’offrir toute la palette de la bobotitude contemporaine : le bio, le tri sélectif, la méditation, la valorisation de l’ego, le végétarisme, le « durable », les grosses bagnoles « sécurisantes », etc.
Les quatre écrivains belges se sont acharnés à décrire habilement un milieu qu’ils connaissent manifestement très bien et à en extraire une caricature devant laquelle on ne peut qu’acquiescer.
Des caricatures que les comédiens ont réussi à vêtir de simplicité et d’excitation, ajoutant aux textes un agrément de vivacité bénéfique à leur expression. L’hystérie de Frédéric Dezoteux dans le premier conte « Pour un monde plus juste » en est un exemple marquant.
Mais... on regrettera peut-être d’avoir quitté le bar pour la deuxième partie de ces contes. Parce qu’à partir de là, on nous balance du bobo histoire de dire qu’on reste dans le sujet. Entre un inspecteur Colombain, frère jumeau du légendaire Colombo qui a choisi la lutte contre les incivilités en matière de tri sélectif en même temps qu’une reconversion en philosophe des sciences, et une critique pathético-burlesque du gsm, on reste un peu sceptique.
D’autant plus quand la caricature initiale tombe malheureusement dans le cliché et le déjà-vu.
Il n’empêche que le travail scènique reste efficace et que l’amas de poubelles en fond de plateau rappelle quelque part une ville du sud de l’Italie. Un soupçon de voyage tout de même... avec beaucoup d’imagination.

Samuël Bury