Jeudi 19 novembre 2009

En attendant le métro...

Avec Under du suédois Lars Norén, la Compagnie de Monelle s’attaque à un texte résolument contemporain, dans son propos comme dans son écriture. Jean-François Noville nous ouvre une fenêtre sur l’univers de trois clochards, Kol, Keer et Luca. Un univers dévasté, absurde et tragique, dans une pièce drôle mais sans espoir, portée par des artistes talentueux.

Dans une station de métro quelconque – mais ici, aujourd’hui – trois corps, comme jetés, abandonnés, se mettent péniblement en mouvement. Sous des lumières artificielles, loin du ciel bleu, loin sous terre, under, ils vivent dans leur monde clos, désenchanté, où règne le non-sens.
De questions répétitives en dialogues de sourds, chaque échange de paroles conforte notre sentiment d’être perdus au milieu de l’absurdité pure. Seule semble importer la nécessité de rester en mouvement, se lever, avancer, des gestes mécaniques... pour au final se rasseoir et revenir en arrière. S’ils avaient pu, ils auraient sans doute marché sur les parois de la station pour accentuer cette impression d’espace clos mais surtout celle de tourner en rond, d’évoluer – ou non, justement – dans un chaos sans échappatoire possible.

À l’écart, hors jeu, leurs débats semblent être leur seule possibilité de maîtrise... ou simplement un flot de paroles inutiles, à l’image de ceux qui les prononcent. Constat cruel d’une société qui demande de rester en mouvement, d’éviter l’immobilité et qui relègue au rang d’inutiles ceux qui n’ont pas su avancer au pas de tous.
Ils sont hors du temps, hors du système, hors du sens. Du Beckett pur... mais où l’on ne prend plus la peine d’attendre Godot. Dans ce dispositif scénique inventif de Didier Payen, on n’attend même plus le métro qui, quand il passe, n’insuffle aucun changement. Il découpe la pièce pour montrer un peu plus que, dans la scène suivante, tout est resté comme avant et se répète un peu plus.

Pourtant malgré cette vision désespérée, on rit du début à la fin de la pièce. Un premier degré de lecture où l’on savoure simplement l’absurdité des personnages. Cependant, on comprend que si l’attention est moins portée à leur psychologie c’est pour mieux interroger leur place – inexistante ? – dans la société. Une pièce intelligente qui renvoie donc moins à leur condition à eux qu’à notre acceptation d’un système qui les a mis là. L’absurdité de leur mouvement semble extrême, mais peut-être participons-nous du même mouvement, notre existence n’étant au fond qu’une succession d’actes tout aussi vains. Loin d’être assénée au spectateur comme un discours moralisateur, cette réflexion transparaît en filigrane de la pièce, interprétée avec talent par Olindo Bolzan, Alberto Martinez-Guinaldo et Fabrice Rodriguez.