Dimanche 30 octobre 2011, par Catherine Sokolowski

Emotions colorées dans la grisaille urbaine

« Qui suis-je ? » Depuis le commissariat parisien dans lequel il est en garde à vue, un jeune immigré se remémore les images de sa vie. Arrivé à 5 ans en France, il raconte la lente prise de conscience de la différence, la difficulté d’adaptation, son amour pour Mireille et puis la séparation, celle qui l’a conduit à l’ivresse, à commettre l’irréparable et finalement dans une cellule. Emouvant, agile, sobre, Ansou Diedhiou, comédien sénégalais, fait très justement vivre ce texte de Wilfried N’Sondé, musicien et éducateur congolais, maintes fois récompensé.

Pas de décor, pas de costume, le public vit, pendant une heure, au rythme d’un comédien touché par son texte, imprégné des sensations qu’il décrit, ému par les malheurs qu’il dépeint et heureux des (rares) bonheurs qu’il relate. Parfois on se demande si le texte est autobiographique. Mais cela n’a pas d’importance, ce jeune homme n’a pas de prénom, d’ailleurs il se demande qui il est, un immigré de banlieue sur lequel la vie s’acharne, malgré des efforts évidents d’intégration et c’est justement cette universalité qui bouleverse.

Délicatement mis en scène par Christian Leblicq, le texte de Wilfried N’Sondé est juste, poétique, bouleversant, musical. Dans ce réquisitoire contre l’intolérance : « accordez-moi la dignité des baleines et le droit d’exister des tortues géantes », la langue française est adroitement utilisée pour servir des propos justes. « D’emblée du côté des condamnés », ce texte a été écrit pour les enfants des cités mais ce message de tolérance concerne tous les cœurs et pas seulement ceux des enfants léopards. Un partage d’humanité, une musique à écouter, un projet auquel adhérer.