Diktat

Schaerbeek | Spectacle | Le 140

Dates
Du 17 au 18 octobre 2018
Horaires
Tableau des horaires
Le 140
Avenue Eugène Plasky, 140 1030 Schaerbeek
Contact
http://www.le140.be
tickets@le140.be
02-733.97.08

Moyenne des spectateurs

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Diktat

La mise en scène de nos vies n’est plus réservée au monde du spectacle, du cinéma ou de la littérature. Aujourd’hui, tout un chacun peut exposer sa vie privée sur les réseaux sociaux, où la représentation de soi est exacerbée.
N’être rien à vouloir être tout.
 Sandrine Juglair, acrobate au mât chinois, nous embarque au cœur des fantasmes de l’artiste et tente par tous les moyens de nous conquérir avec cette tragicomédie.
4, 3, 2, 1... Pour elle, il y a urgence : 57 minutes, 33 secondes et 68 centièmes, c’est la durée du spectacle mais aussi le temps dont elle dispose pour nous séduire.
Elle met alors tout en œuvre pour captiver son public, luttant entre son désir de reconnaissance et sa résistance aux normes.
Drôle et très touchant.

# Cirque contemporain # Mât chinois # Image de soi # Reconnaissance # Humour

Distribution

De et avec : Sandrine Juglair / Regard extérieur : Jean-Benoît Mollet, Claire Dosso, Jean-Charles Gaume / Création son : Lucas Barbier / Création lumières : Etienne Charles / Scénographie : Marie Grosdidier et Lucile Réguerre / Costumes : Solenne Capmas.
Ces représentations bénéficient du soutien financier de Spectacle vivant en Bretagne dans le cadre de Glaz Circus.

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Vendredi 19 octobre 2018, par Laure Primerano

Je t’aime moi non plus

Sortie du Centre National des Arts du Cirque en 2008 avec une spécialisation en mât chinois et après plusieurs projets en groupe, Sandrine Juglair pose ses valises à Bruxelles pour nous présenter son premier spectacle en solo. Détendez vos poignets et échauffez vos mollets, ça va grimper !

Tout commence sur un malentendu, une langue qui fourche, un mot de travers. Premières minutes du premier solo de Sandrine Juglair et, déjà, la confusion s’installe.

Sur un plateau dépouillé, une lumière diffuse éclaire la circassienne et ses quelques accessoires : des chaises bien alignées, une tringle à vêtements remplie, un ventilateur. Au centre, un mât chinois, instrument de prédilection de notre acrobate, immense et pourtant tellement discret qu’il se fond presque dans le décor. Voici notre monde pour l’heure à venir.

Commence alors un jeu de séduction teinté d’angoisse entre une artiste mue par un besoin de reconnaissance et son public. Emportée par un désir de plaire toujours plus fort, et habitée d’élans tour à tour séducteurs, intimes, virils et protecteurs, Sandrine Juglair endosse différents rôles. Tous accrochent le regard et piquent la curiosité. Si elle arpente la scène d’une démarche souvent maladroite, qui n’est pas sans rappeler celle du clown, les membres emberlificotés dans de larges robes ou vêtue d’un simple boxer, l’artiste se fait virtuose une fois dans les airs, accrochée du bout des pieds et des doigts à son mat qui, au gré des évocations, revêt des symboliques diverses. Dans une recherche toujours plus intense de contact, elle brise régulièrement le quatrième mur et s’aventure dans le public. Sans jamais marquer de temps morts, Diktat nous emporte dans le tourbillon existentiel à la fois drôle et touchant d’une artiste en quête de validation comme motif de sa propre existence.

Au travers de ce désir compulsif de plaire, Diktat pose la question, avec beaucoup de recul et d’humour, de la construction identitaire de l’artiste. Comment se forge-t ’on une identité dans la lumière des projecteurs, particulièrement lorsque la source de cette lumière ne se trouve pas entre nos mains ? Par un effet de miroir, il nous renvoie également à notre propre condition et nous fait nous questionner sur la manière dont nous construisons notre identité au quotidien. Le spectacle ouvre la voie, sans avoir l’air d’y toucher, à de nombreux questionnements. Certains, tel que la question du genre, seront évoqués sans être approfondis et beaucoup puisent leurs racines dans le vécu personnel de l’artiste. Autant de portes ouvertes que l’artiste laisse volontairement béantes, ne cherchant à y apporter aucune réponse concrète mais laissant le public tirer ses propres conclusions.

Furieusement drôle, Diktat dédramatise grâce aux codes du cirque la question de la construction de l’identité et son lien avec la pression sociale, une thématique qui nous touche tous, de près ou de loin. Sans jamais tourner au tragique, la performance ne se départit jamais de son comique et de sa tendresse et nous laisse avec l’envie de poursuivre plus loin cette réflexion entamée sous l’impulsion d’une main bienveillante.

Le 140


Avenue Eugène Plasky, 140
1030 Schaerbeek