Lundi 31 mai 2010, par Xavier Campion

Dernière défonce

Une camionnette dans la nuit s’enfonce dans les bois. Trois hommes et une femme. L’alcool coule à flot. Noie leur vide existentiel dans l’horreur. Sombre décor de lambeaux d’arbres. Un silence de mort est crevé par le débit des paroles, rapide, des trois hommes. Comme vomi, il fait échos à leur chute incontrôlée vers l’ivresse. L’ivresse dans ce qu’elle a de plus glauque, malfaisant, morbide. Déconnectés de la réalité, les personnages titubent avant de perdre pied. A tout jamais.

Le scénario presque cinématographique de cette pièce québécoise est servi par une langue tour à tour spasmée, étouffée, hurlante, plaintive, apeurée, mourante. Jasmina Douieb assure une mise en scène intimiste, serrée, autour de ces bêtes humaines enfermées dans leur propre cage : Georges Lini, Catherine Grosjean, Toni D’Antonio, Nicolas Ossowski sont ces quatre tempéraments forts qui entrent avec justesse dans l’errance humaine et l’état bestial rôdant dans le bois.

A voir, parce que cette descente aux enfers nous tend un miroir réfléchissant, qui nous fait réfléchir en profondeur sur le sens de la Vie et les valeurs qu’on lui donne. Ou pas.
A voir, parce que c’est la toute dernière des dernières pièces montées par le ZUT. Oui, flûte alors, le ZUT c’est fini ! C’était bien. Merci à l’équipage pour tous ces beaux voyages, ces découvertes, et bon vent vers de légers horizons…