Dimanche 12 septembre 2010, par Cindya Izza

De la bête et du style

Pier Paolo Pasolini, pilier du monde artistique et intellectuel de l’Italie du siècle dernier, fut exclu du parti communiste en raison de son homosexualité et assassiné en 1975 dans des circonstances troubles. Ecrite en 1966, "Bête de style" est une pièce pour initiés.

Un homme seul face à des fantômes. Un héros grec et son chœur. Des monologues qui se croisent et se répondent sans s’entendre.
Bête de style est un kaléidoscope furieux fait de chronologie et d’anachronismes, de faits et de fragments de souvenirs, d’histoires et d’Histoire, de rouge et -forcément- de ténèbres.

Entre le sac et le ressac des mélopées populaires envoûtantes, le texte se déverse en longues rafales. On peut choisir de lui courir après, ce texte, ou de le laisser filer comme un long chant unique, comme un fleuve, le prendre en un bloc et s’imprégner du tout plutôt que des parties. Jan Palach n’est qu’une icône, une identité-symbole que Pasolini fait sienne pour dire sa colère, ses tourments, ses doutes face à la réalité.

Au final, ce qu’on retiendra de la pièce, ce sera peut-être plus la bête, l’animalité violente, que le style, tellement dense qu’il est difficile de rester pleinement accroché sur toute la longueur. Chapeau bas à Caroline Detez et Muriel Legrand pour leur incontournable présence sur scène. Bémol pour Renaud Tefnin et son jeu parfois surexalté qui parasite plus qu’il n’emphatise.

N’allez pas voir "Bête de style" pour vous détendre, vous sortiriez déçu.
N’allez pas non plus voir "Bête de style" si vous n’avez jamais entendu parler de Pasolini, de Jan Palach ou du Printemps de Prague, vous risqueriez de vous ennuyer ferme. Allez voir "Bête de Style" en toute connaissance de cause, et pour vous la prendre en pleine figure.

Cindya Izzarelli
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