Vendredi 12 février 2010, par Xavier Campion

Ces aristocrates édentées ont la dent dure

Qu’il prenne la plume, le pinceau, ou la caméra entre ses mains, Jodorowsky dévore le monde avec les doigts, sans pincettes, d’une manière forte et toujours singulière. Son appétit pour les différentes disciplines artistiques, qu’il tripatouille voracement, n’a d’égal que sa boulimie pour les travers de la société et de l’âme humaine. Passées par la moulinette de son regard acide, broyées par l’amertume des mots, elles saignent à l’encre rouge et noire.

Pour sauver les apparences de leur noblesse, de leur famille, de leur beauté et de leur virginité, les jumelles de quatre-vingt huit ans mènent un combat futile et délirant. Leur bonne centenaire ne se prive pas de leur tendre le cruel miroir d’une réalité qu’elles s’efforcent de falsifier. La décrépitude de ses vieilles dans leur monde en déclin est mise en scène de manière créative et cohérente par Jean-Michel d’Hoop, bien servi par la scénographie d’Aurélie Deloche et les marionnettes-costumes de Natacha Belova. Le jeu dépoussiéré des comédiens paraît tout droit sorti des œuvres de Goya, Ghelderode et Ensor. Cyril Briant, Sébastien Chollet, Pierre Jacqmin et Coralie Vanderlinden emmènent leur marionnette dans le vertige d’une atmosphère glauque, drôle, décalée et carnavalesque. Les railleries grincent, les spasmes d’insultes vomitives se répandent sur tous les murs délavés, résonnent, et ricochent jusqu’au silence de l’effroi. Le déclin, la vieillesse, la mort. Une farce populaire dans l’univers mythique et poétique des maudits.