Vendredi 7 octobre 2011, par Caroline Paillard

C’est bon quand c’est fort !

Sans doute une plaie supplémentaire au corps archi-mutilé de la compréhension humaine, du sens existentiel ce Play Loud. mais comme c’est bien fait ! Cette fois, Falk Richter a planté son décor dans une chambre d’enfants en escalier parsemée de peluches, cassettes vidéo, coussins, amplis, guitares et micros. Les comédiens, de pyjamas vêtus, transitent énergiquement entre réel et fiction dans des tableaux disparates à forte puissance relationnelle.

Avec Play Loud, on se retrouve à la fois dans l’insouciance du jeu et dans la lucidité de la condition multi-formatée. Les variations d’émotions font battre de manière irrégulière nos petits cœurs, serrent nos gorges sensibles ou leur extraient des rires compassionnels (notons le jeu impressionnant de Cédric Eeckhout). On ne peut que se sentir touché par les paroles de ces hommes et femmes en habits de nuit. Sans doute parce qu’elles synthétisent la somme de vécus plus ou moins torturés et imprégnés d’images marquantes ou simplement fantasmées. Le tout, dans un climat borderline entre retours à l’enfance et doutes d’adultes entièrement assumé.

Les images parcourent trois grands écrans qui bordent la scène. Elles proviennent tantôt du cinéma, tantôt expriment la diversité naturelle ou industrialisée de notre cher monde. Une profusion visuelle qui alterne avec beaucoup de musique. Greg Rémy de Ghinzu accompagne parfaitement à la guitare Lucie Debay et Anne Tismer dans des balades douces ou des morceaux plus trash. La pièce est d’ailleurs construite comme un album, en séquences plus ou moins indépendantes, en histoires fortes et condensées.

Touchantes également les chorégraphies récurrentes de corps entremêlés qui avancent lentement ensemble. Puis on se touche beaucoup dans Play Loud, on court et on crie. Ça vit fort sur la scène, même si on a parfois l’impression que c’est un grand bordel. Comme la vie au fond…

Samuel Bury