Mercredi 15 février 2012, par Joséphine

Adieu ma poule

Les mises en scène passées de Frank Castorf nous l’ont appris : c’est en déconstructiviste que ce dernier s’empare des textes. Entre ses mains, ceux-ci sont des matériaux à disséquer, mélanger, transformer. Castorf ne porte pas des classiques à la scène pour simplement mettre des mots en images ; ce n’est pas à l’histoire des amours de Marguerite Gautier et d’Armand Duval qu’il s’intéresse. Non, la dame aux camélias est convoquée afin de mettre en lumière l’hypocrisie de son amant et à travers elle celle d’une société pour laquelle, comme le déclare le metteur en scène : « une bonne pute est une pute morte. Mais(...)c’est quand même bien de coucher avec elle avant. ». Castorf n’en démord pas, c’est encore la société capitaliste qu’il veut critiquer et c’est à cette fin qu’il utilise les mots d’Alexandre Dumas fils. En y greffant des extraits de “La Mission” de Müller et de “L’histoire de l’œil” de Bataille, il les décontextualise et élargit, ce faisant, leur portée.

La démarche, bien que loin d’être neuve, est intéressante. Mais passe-t-elle l’épreuve du plateau ? Dans la version présentée, nous faisons la rencontre d’une jeune fille blonde, toussant et haletant dans une cage à poules. Loin du Paris bourgeois du XIXème siècle, c’est dans un taudis contemporain qu’elle se meurt. A l’étage inférieur, bondit du lit un personnage se précipitant aux toilettes. C’est Alexandre Dumas qui ne manque pas de venir se présenter aux spectateurs les fesses à l’air. Un deuxième personnage sort alors du lit et vient vomir du porridge face aux spectateurs. Voici Armand Duval, ne se remettant pas de sa gueule de bois.
Les acteurs, dont Jeanne Balibar, Jean-Damien Barbin et Vladislav Galard, sont très bons et déploient une grande énergie sur scène. Aussi, on croit pouvoir supposer que ce n’est pas l’ennui qui fait partir un certain nombre de spectateurs pendant le spectacle et à l’entracte. Il s’agirait davantage d’une lassitude, d’une incompréhension devant cette farce grotesque et chaotique qui part dans tous les sens. Le public se divise donc devant le résultat de ce collage : il y a ceux que la vulgarité et les obscénités des acteurs font rire et ceux qui lèvent les yeux au ciel. Les trois heures du spectacle vous permettront de vous faire votre propre opinion... si, du moins, vous tenez jusqu’à la fin.

Svobodova Karolina.