Lundi 7 décembre 2009

À la poursuite de l’image...

Dans une construction narrative magnifique, Loin de Corpus Christi nous emmène de Paris à Hollywood et Berlin, d’aujourd’hui aux années 40 ou 80. La scénographie et la mise en scène remarquables rendent ce ballotement avec justesse à travers une pièce qui toutefois se perd un peu à vouloir trop dire.

Sentiments mitigés au sortir de ce Loin de Corpus Christi de Christophe Pellet, mis en scène par Michaël Delaunoy.

La quête d’Anne Wittgenstein – retrouver ce qu’il est advenu de cet acteur, Richard Hart, aperçu sur l’écran de la cinémathèque – sera le point d’entrée d’une fresque mi-intime, mi-historique. Ou plutôt l’historique vue par l’intime ? Une quête presque mystique qui ouvre une superbe réflexion sur l’image, sur l’inaccessibilité de cette dernière, de la vérité et des êtres. Tout un volet, une lecture de la pièce qui emmène le spectateur dans une dimension frontière, tout en le gardant dans un certain réalisme grâce aux références historiques ou aux personnages, empreints d’humanité.

Un savant équilibre entre réel et abstrait que la mise en scène porte à merveille, soutenue par tous les éléments scénographiques. Les vidéos de Fred Vaillant nous plongent d’emblée dans ce monde de l’image, entre fragmentation et contemplation lente – comme la sublime évanescence de Norma Westmore (Catherine Epars) devant une fenêtre qui ouvre vers d’autres images ! – ; quant aux lumières de Laurent Kaye et au décor sonore de Lorenzo Chiandotto, elles instaurent un climat intrigant, tantôt mystérieux et onirique, tantôt suspicieux et pesant.

Dans un éclatement du temps et de l’espace, manié avec aisance par l’auteur, le spectateur passe d’Hollywood à Berlin, des liens se tissant entre les époques, comme le parallèle entre le mccarthysme et les méthodes de la Stasi. Et si le dispositif narratif est judicieux, les considérations politiques sont peu subtiles à la limite du lieu commun.

Ainsi, tout ce volet historico-politique vient regrettablement abîmer une pièce où, pour le reste, on retrouve une plume sans fioriture, une écriture tantôt réaliste tantôt poétique avec de sublimes passages, tel ce monologue enregistré de Fredricksen (Vincent Hennebicq).

Autre bémol, les comédiens qui, s’ils offrent une prestation tout à fait honorable, semblent parfois effacés dans cette pièce qui n’aura pas laissé assez d’épaisseur à ses personnages.